Poèmes de Souf Abid

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Poèmes

de

Souf Abid

Traduits par

Hamadi BELHADJ

Salah Garmadi

Tahar Bekri

Othman Babba

Hédi Khelil

Ibrahim Darghouthi

SIHEM TAJINE

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EL JAZIA

Traduction de :
Hamadi BELHADJ

(Historique)

Dans sa préface, Ibn Khaldoun nous révèle la source la plus lointaine de l’épopée d’El Jazia El Hilalienne, en retraçant quelques poèmes épiques de la Geste Hilalienne, des Béni Hilel.

El Jazia est donc le personnage le plus important de l’épopée des Béni Hilel, qui sont composés de nombreuses tribus arabes ayant émigré, au temps des Fatimides, de l’Arabie Saoudite en Egypte et de là à « Ifriqiya ».

On peut en citer les Béni Sélim Béni Riah et Béni Darid.

******************

La Saga raconte qu’El Jazia se caractérise particulièrement par sa rare beauté, sa chevelure extraordinairement abondante et belle et surtout par sa bravoure, sa probante éloquence ainsi que son raisonnement juste et circonspect.

Elle est donc considérée comme le modèle parfait de la femme idéale.

******************

Parmi les hommes de lettres qui se sont intéressés à l’épopée des Béni Hilel, et à la Geste Hilalienne citons, entre autres les éminents, Mohamed Marzouki et Abderahmane Guiga.

J’étais parmi tous les concurrents

En arrivant devant elle

El Jazia est venue vers moi…

Si elle n’a jamais abordé la mer

C’est que de loin elle l’observa

Sans cesse changer et se renouveler…

Laissant les quais déserts

Les hirondelles ne reviennent pas

Quant il vente

De peur pour leur nid printanier

Ce vent des passions et de la jeunesse…

J’entends cet appel ? « Fils  »

Qu’elle est douce la voix de ma mère

Comme la senteur du musk

Me couvrant elle me dit :

Que ton cœur soit comme un moulin

Ou comme le rocher du fleuve

Qui, toujours creusé par l’eau

Ne pouvait être emporté par le torrent

Et elle dit :

C’est le fleuve, fleuve d’espoir doux

Comme les mers rêvant les immenses crêtes

Tu marcheras sur des braises

Mais je les vois se réduire en cendre

Vole mon fils comme l’oiseau matinal

Et traverse le monde de pays en pays

Le monde par tes ailes sera éclairé

Comme pour le fidèle amoureux

Aussi méfie-toi de la chevelure d’El Jazia

Ne sois ni opiniâtre ni obstiné…

Mais me voilà ensorcelé par sa beauté

Car celui qui aime oublie la raison

Et ma monture est presque prête…..

……………………………………..

Sept colombes ont pris l’envol

En se posant près du fleuve de Gabès

L’une d’elles est blanche

Elle n’a pas goûté l’eau depuis la veille

Et un amoureux courtise sa dulcinée

Avide et assoiffé.

………………………………………

Assoiffé, assoiffé et esseulé

Courant vers elle, rien que pour elle

Poignardé de quatre vingt dix neuf coups

Par les cavaliers de Beni-Hilel

Aucun coup ne rata le cœur ni le tua

Ni le fit tomber de son cheval

Qui n’a pas trébuché

C’est l’amoureux qui attend

Depuis un siècle

Mais une nuit, après tout ce temps

Elle le rencontrera

Et il la rencontrera

Elle sera la première

A lui tendre les bras.

………..

Celui qui gaspille de l’or

Au souk des orfèvres le retrouvera

Celui qui perd son amour

Après un an il l’oubliera

Mais celui qui perd sa patrie

Où peut-il la trouver ?

……………

Il partit sur une route déserte

De campement en campement

Comme attiré par un fil

De la chevelure d’El Jazia

On l’entretint sur ses yeux :

Deux étoiles dans une sombre nuit

On l’entretint sur ses lèvres

Deux braises d’un ardent brasier

On lui parla de ses mains

Elles sont aussi lisses que la soie

On lui parla de sa taille

Elle est fière mais cristalline

Aucune ne peut égaler El Jazia

Qui éclaire sans flambeau.

………………

Un matin les chameaux gémirent dans la place

Les timbales battirent

Les guerriers se rassemblèrent

Autour d’El Jazia

Les nomades se consultèrent

Puis clamèrent

On part… on part.

A ce moment elle se montra

De sa litière et s’écria :

« O peuple »

Qui est l’homme le plus valeureux

Toute l’assemblée murmura

Puis s’excita et s’agita

Quand vers sa litière

Le camp de Béni Hilel s’approcha

Et quelqu’un dit :

C’est le premier dans les rangs

Et vainqueur dans les combats

Puis s’approcha le camp de Béni Sélim

Et quelqu’un dit :

C’est celui qui tient sa parole

Et donne avec générosité

Puis parut le camp de Béni Riah

Et quelqu’un dit :

C’est celui qui manie bien le sabre

Et bien connu des lances

Puis le cheikh de Béni Darid dit :

C’est celui qui est éloquent dans le silence

Et captivant quand il parle.

………………………..

Sept jours après le départ

Les jeunes filles se rassemblèrent

Un matin, autour d’El Jazia

Près de la source

Toutes pétulantes dans l’eau

Elles la virent, par sa chevelure

Voiler la clarté

En disant avec coquetterie

Y a-t-il parmi vous

Celle qui puisse décrire

La plus belle des femmes ?

Une beauté de Béni Hilel répliqua

C’est celle qui appartient

A une vénérable famille

Et possède un grain sur sa joue

Puis une servante des Béni Sélim dit

C’est l’épouse fidèle et procréatrice

Possédant des yeux de gazelle

Puis une beauté des filles de Riah dit

C’est la brune couleur du Musk

La blanche comme la clarté du matin

C’est alors que la plus belle des Béni Darid dit

C’est celle que sa beauté grandit de jour en jour

Alors toutes les filles se groupèrent

Autour d’El Jazia qui chanta.

…………………..

Ne sois pas trompé par la beauté

Des fleurs du rosage

Qui ombrage les bords des fleuves

Ni de celle d’une fille

Avant de t’assurer de ses mœurs.

…………………………

C’est la beauté qui ensorcelle

Quand elle sourit

Le muscat se sent offensé

Sa voix en discutant

Est pareille au fleuve courant au galop

En déambulant, son corps

Allume ma route de désir

Et de flamme…De l’orient à l’occident

Elle part avec le camp

Et sa litière trotte

D’un endroit à un autre

Sur des chemins longs, pénibles

Et tortueux

Des fois, escarpées et d’autres

Bordant les précipices…Il suit toute trace pouvant

Le conduire vers elle

Demandant à tous les passants

Même dans le désert il appelle.

Jazia

Jazia

Jazia

…………..

Des fois, je possède sept langues

Et pas de bouche

Des fois je parle sept langues

Sans être compris

Des fois j’allume mes doigts

Comme des cierges

Mais ma nuit est aussi noire que du charbon

Des fois les couteaux s’aiguisent

Et étant la chair

Je nage entre les vagues

Et ma mer est de sang.

Des fois je dis que c’est la fin du monde

Puisqu’il n’y a plus ni oncles ni amis

Des nuits, je dors à la belle étoile

S’il le faut, avec les étoiles

Je pleure sans larmes

Tout en me voyant sourire…

……………

Quand la nuit vint

Elle dévoila un coin de sa tante

Pour observer les étoiles

Et contempler l’étoile des Gémeaux

Personne dans le signe du Lion

Ni eau dans le verseau

Cette nuit est la sienne

De loin c’est son ombre

Qui parait sous la lune

El Jazia toute saisie, dit :

Lui – non – lui – non

Mais c’est bien lui qu’elle attend

Ses traits comme indiqués

Par la voyante

C’est bien la nuit de sa rencontre

Avec cette vérité le récit s’arrête là.

…………………..

Si la parole est d’argent

Le silence est d’or

Donc à toi de choisir

Ce que tu veux

……………………

Elle détacha sa chevelure

Lu mon histoire dans la sienne

Et dit doucement :

S’ils mettaient le paradis

Dans mes escarpins

Je viendrais à toi pieds nus

S’ils versaient la pluie dans mon verre

Ma soif ne serait étanchée que par toi

S’ils mettaient la nuit sur ma tête

Tes brillantes étoiles m’éclaireraient

S’ils tissaient avec de l’or mes habits

Te voir suffirait à ma quiétude

Tu es l’âme de mon âme

Et toujours en moi

Puis dit couramment

Tu es l’amant qui éclaire

Mon cœur qui t’appelle « Mon maître »

J’ai bien prévenu mon cœur

Malheur à lui de ne pas m’avoir écouté

Tu es l’amant qui pour mon âme

Luit comme une lampe

Réfléchissant comme un miroir sa lumière

Et comme une draperie de soie

Me couvrant comme une parade

J’ai dit :

Quels chemins t’ont amenée de l’orient

Et de quel endroit as-tu traversé les bornes

Jusqu’à cet occident

Pour arriver à cet endroit.

Elle dit : La patrie est la mienne

Depuis toujours

Depuis les Amazighes jusqu’à Kanaân

Le monde est composé de nations

Pour les hommes

Si Elyssa avait vogué un peu plus

Si Annibal ou Okba ou Hassan

Avaient fait un pas de plus

On aurait découvert la mer obscure

Pourquoi as-tu incendié, ô Tarak

Ces voiliers

Les francs sont venus après

Groupe par groupe

Les vagues ont failli nous noyer…

………………..

Malheur à Zarzis et ses dulcinées

Les chrétiens l’ont envahi

Et saccagé son mausolée

……………

Cette nuit elle me frôla

Avec des doigts pareils au duvet du pigeon

Elle vola si haut et très loin

Et s’écrasa dans sa chute

Elle, c’est le « Finik »

Un oiseau agitant ses ailes

Comme une braise, mais tel un brûlé

Traversa l’espace en montant

Avec ses plumes brillantes

Chaque fois que les étoiles disparaissent

Dans la nuit, l’aube apparaît.

Je me suis réveillé

Quand le soleil frappa mes yeux

Mais j’ai trouvé le lieu désert

Ni tente

Ni tentures

Ni piquets

Ni chevaux

Ni chameaux

Ni gardes

Ni El Jazia

………………………

Ils ont conduit le camp, le menant

A travers les fiefs

Où t’ont-ils emmenée

O pure beauté ?

…………………………..

Comment se sont échappées

D’entre mes doigts

Ces nattes – celles qui étaient

Maintenant

Et

Ici ? Seul avec mes lourds souvenirs

Pleurant l’éloignement de l’aimée

Partie brusquement

Après avoir pris mon cœur

Pour patrie…

Elle est la loi et le pouvoir

J’étais comme celui

Qui tomba dans un puits

Profond de soixante-dix coudes

Dans un sommeil profond

Comment puis-je écouter

Sa voix mélodieuse

Et sentir son parfum enivrant

Elle a noué autour de mon doigt

Un anneau de ses cheveux

Et autour de mon cou un collier

En souvenir d’une certaine nuit

Comme preuve…

……………

Si on s’égare en cours de route

C’est elle qui est le guide

Du Hijaz au pays du Nil

Et de Fazzan à Kairouan

Elle est venue, j’ai dit : sois la bienvenue

Le soleil, s’il l’avait aperçue

Ses rayons seraient de l’ombre

Dieu quelle stature

Tel un jardin embaumé de fell

Les pommettes comme des roses

Qui sentent l’aromate

Dis : elle est la beauté

Et sa bouche est plus belle.

Le visage est pareil à un astre

Eclairant la sombre nuit

Quand au front une clarté

Pour une chaste prière

La chevelure étalée 

Abondante et longue

Le regard prit mon cœur

Qui vola vers le ciel

Comme l’aimée est si loin

La voilà à kairouan.

Doucement O peuple

Dit El Jazia

Ne voyez -vous rien derrière les collines

Parmi les nuages ?

Ils ont dit : si

Elle montra avec un doigt

Couleur de henné

Là dans le lointain

C’est Tunis la verte.

A Tunis la verte apparaissent des châteaux

Des tours fortifiées si hautes

Où gîtent les vautours

Comme le rocher sur les montagnes

Résistant aux romains et aux années

Ces forts sont un gîte pour les Amazighes

Et leur plate forme, des tombes

Pour les envahisseurs

Etalés logis sur logis parmi les vallées

Les camps de passage peuvent trouver asile

Toujours et à chaque saison on les voit

La main ouverte et le visage souriant

Ils viennent de partout

Nous saluer avec joie

Ce sont les Amazighes nos cousins à « Ifrikia »,

Ils nous ont devancés

Des liens nous rattachent depuis des siècles

De Babel à Nabeul

De la Medjerdah à Baradah

De Houlouane à Tatouane

De Nabless à Tripoli

Et de Mahdia à Alexandrie

Tunis est un pays arabe.

C’est Tunis de l’intimité

La rencontre des amis

Avec le salut nous entrons

Non en guerriers

A ce moment Younés dit :

C’est Tunis

Avec des portes dans des portes

Bab B’har

Veille jusqu’à l’aube

Bab Djazira Sa terre est fertile

Bab Djedid

Ses gardes sont vigilants

Bab Menara

Des souks et du commerce

Bab El Kasbah

Pour le sultan et ce qu’il possède

Bab Benat

Prends- moi et donne (partageons, échangeons)

Bab Souika

Je m’égare en chemin

Bab Sâdoun

O quels beaux yeux !

Bab Carthage

Nous y entrons

Groupes après groupes.

Elle est passée

Convoitée par tous

Mariée incomparable

Avec un regard, dardant

Une bouche faisant entrevoir

Un sourire rayonnant

Et un grain sentant le musk

De sa beauté que de coupes j’aurais bues

Si la nuit du destin m’avait croisé

J’aurais demandé que je sois le marié

Ensemble, nous récolterons la nuit

Etoile par étoile

Seuls tous les deux sans rien d’autre

Que notre amour

L’amour nous comblera de souhaits

Et de désirs

Je la couvrirais, je la couverais

Elle serait comblée par mon amour

………………………….

Le camp se rassembla une nuit

Les vieux et les cavaliers discutèrent

Puis on lui dit :

Et toi El Jazia !

Elle répondit :

  1. La terre à toujours besoin d’eau

  2. La femelle à toujours besoin du mâle

  3. L’œil à toujours besoin de la vue

Puis elle chanta :

Malheureux est le chameau des Noria

La chaleur l’étouffe

Percevant l’eau avec ses oreilles (son ouie)

Mais ni ne la voit ni ne la goutte

………………..

Voici l’ultime chanson d’El Jazia :

O personnel du camp active

Décampe s’ils arrivent

Nous émigrons depuis toujours

Sans faire reposer nos chevaux

O chamelle du vent court

Tant que le cœur bat toujours…

Puis elle monta sa chamelle et s’envola.

Elle s’envola vers le sud

Où les chemins ont verdi

Elle s’envola vers le nord

Où la vue est magnifique

Elle s’envola vers l’orient

Comme un éclair

Elle s’envola côté occident

Dans une parure arabe

Elle s’envola vers les rivages

Avec son camp cheminant

Elle s’envola vers les contrées

Aussi vertes que fertiles…

Une chevelure drue

Sur les épaules

Son parfum m’est parvenu

Petits pas de pigeon

Le pigeon s’envola

Me laissant chercher

Sa trace.

.

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Le hennissement des chevaux

traduit par  Salah Garmadi
* Écrivains de Tunisie
Édition Sindbad Paris, 1981

Quand elle avait eu un certain âge,

Tous les matins
Le tenant par la main…
Elle accompagna au marché son père L’aidant à pousser la charrette.
Ravie, le soir,Elle rentrait avec lui,


Mais, au fil des jours,
elle apprit à errer à travers les marchés,
Les pieds nus, à la poursuite de touristes.
Un jour, elle trouva chaussures à sa pointure,
don d’un vieillard, dans les dédales d’un couloir…
Tout d’abord, elle ne sut comment s’y prendre

Pour les lacer.
Cependant, au fil des jours
Elle apprit le laçage,
et porta aisément ses chaussures
et ce fut comme si l’univers entier l’accompagnait.

Autodafé de livres
Les colonnes des mosquées en sont toutes noircies
Et les chevaux des espagnols étaient attelés
Dans la cour de la grande mosquée
Les pigeons de la grande mosquée
Tournoyaient par-dessus les terrasses
guettant l’appel à la prière de l’aube
pour picorer les grains près du minaret.

Quant elle avait eu un certain âge
Elle s’assit avec les chômeurs dans les cafés
Passait d’une table à l’autre dans la fumée du tabac.
S’éparpillant ainsi à travers leurs paumes
Parmi les cartes à jouer.
Elle errait longtemps sur leurs vêtements bleus
Puis disparaissait,
Pour aller sur le pont

Faire refléter dans l’eau sacrée

La silhouette fantomatique de son visage.
Elle regardait les poissons nager à volonté
Et puis, s’en retournait,
les joues couleur de pomme
sentant sur sa poitrine le fruit du grenadier
et parfumant ses yeux de la fleur de l’amandier.

Les balcons du palais rêvaient en été,
Caressés par la brise marine.
Cette nuit, les belles esclaves eurent chaud,
Elles descendirent vers la mer, toutes nues
Et s’étaient prélassaient au clair de la lune.
Pendant ce temps,

Le jeune mignon slave se trémoussait
sous la panse de son maître !

Quand elle avait eu un certain âge
Elle se tint debout avec les gens au centre de la place.
Les soldats traînaient un homme par les pieds,
Et malgré son jeune âge,
Elle supportait de le voir battu
Avec patience, elle attendit

Jusqu’à ce qu’ils lui eurent coupé
la langue,
les mains,
les pieds,
et la tête.
Elle s’enquit auprès des gens
On lui répondit par chuchotements
Dans le creux de l’oreille…
Depuis, elle fut fascinée par la rougeur du sang.

Les puits de pétrole

Prirent un bain de soleil sur le sable,

Les entrailles gonflées d’or noir,
Les caravanes des nomades

S’apprêtèrent à prendre le chemin de l’oasis.

Le chant du conducteur de chamelles s’est tu
Une dune prit l’apparence d’une touriste américaine.
Pour lui faire plaisir,

Il improvisa un poème de mille vers
Qu’il chanta aux chamelles
Uniquement elles,

Connaissaient la chaleur torride des sables.

Quand elle avait eu un certain âge
Elle pénétra dans la mer jusqu’aux chevilles ?
Eparpillant sa chevelure aux vents,
Les pêcheurs aux filets lourds la contemplèrent,
Se tressant les cheveux en rameaux d’olivier,
Et s’en allait battre les pieds au Sahara
Courant parmi gazelles ?
Apercevant entre les dunes les ombres oasiennes
Les ruisseaux et le soleil

Dardant ses rayons à travers les palmes dorées.

Les souliers des élèves sont écorchés

Dans ces lits d’oueds rocailleux,
Le chemin de l’école est dur et long,
Le chemin de l’école devient doux et court
grâce aux jeux d’enfants.

Le soleil compose sur leurs fronts les traits bruns
Des esquisses de l’avenir.
Ils se rassemblèrent au marché du village,

Autour de la voiture de bienfaisance

Et interrogèrent le chauffeur
sur les causes de la présence du sigle
« USA » marqué sur les sacs et les boîtes.

Quand elle avait eu un certain âge,
Elle imprimait son nom avec le henné des jeunes mariées,
tout en portant des explosifs sous son manteau
A travers marchés et bousculades…

Quand la nuit tombait sur ses épaules,
Dans cette forteresse d’acier ,
Elle regardait le croissant de lune

Se pencher au-dessus du minaret.
Veillant tendrement, semblable à ses propres paupières,

Se penche le sommeil,
Alors, elle s’endormait jusqu’à l’aube

Sur les nattes des mosquées
jusqu’à ce qu’elle put distinguer le fil noir du blanc.

Le pèlerinage s’était achevé comme d’habitude

Dans d’excellentes conditions
Le chiffre d’affaire des compagnies aériennes s’éleva.
Mille pèlerins moururent,
piétinés dans la bousculade,
D’autres rentèrent chez eux, sains et saufs,
Leurs valises lourdes d’encens
Et de gomme à mastiquer.
Les pèlerins répétèrent inlassablement
Les recommandations du gardien du tombeau du Prophète
Que ce dernier lui révéla dans les songes :
« Seul Satan doit supporter les conséquences du péché !
Seul, il doit être lapidé une fois par an ! »

Quand elle avait eu un certain âge,
elle dansa dans la caserne sur des crottes des ânes
et respira avec dégoût l’odeur forte des soldats.
Tous les envahisseurs furent passés

Par le détroit de ses seins.
Puis, un matin, ils s’en allèrent.
Elle ignorait alors que c’était pour revenir
Et qu’un jour, elle danserait pour eux,
Sur les tapis des hôtels .

Les chevaux des Européens aimaient skier sur le sable,
L’été, ils étanchaient leur soif aux puits.
L’hiver, ils s’y vautraient en quête de chaleur.
Ils cherchaient à cacher le soleil avec un tamis
et donnaient à la danseuse des contraceptifs.

Des pyramides de Guizeh dégoulinent toujours

A travers le temps,
La sueur des esclaves ,
Les chaînes de l’Atlas croupissent sous les chaînes,
La Méditerranée rêve sur le banc d’écume,
La Mer Rouge est attirée vers la cime du rouge,
Le golfe sommeille sur le sel
Et le paradis d’Allah est un projet-verdure sur le Sahara
Arrosé par l’eau des barrages.

Quand elle aura un certain âge,
elle apprendra l’art de marcher sur les Eaux,
Ses pieds deviendront trop grands pour ses chaussures,
Ses pas sur le pont se feront plus vastes.
Elle passera avec les autres,
Avec eux, elle aura les mêmes yeux

Sous les rayons aveuglants du soleil.

mon amour grain de sel

point de terre à ma droite

à ma gauche point de lune

et pourtant j’aime le terre et la lune

ma terre est “sebkha” de sel et d’un peu d’eau

point de labour

point de moisson

ma terre aucun soc ne l’a dépucelée

ondule le mirage dans mes yeux

comme mousse marine

o bleu de la mer j’étends ma voile

et je te prends

poussé par le flux, le reflux me repousse

ma voile

aimable comme la mer

fragile comme les ondes

se dessèche le mirage dans mes yeux

je m’enfonce dans le blanc de mon sel

et je m’y noie

et fond mon amour

comme grain de sel

blancheur amère

les portes du paradis

au paradis nous ouvrirons des chemins

deux, trois, quatre chemins

au sahara nous sémerons des carrés

et que moissonnent tous nos affamés

d’autres couleurs

tu parais

et les fleurs d’amandier s’ouvrent au printemps

le verre a un regard tout blanc ma pulsation

nous nous rencontrons

et les maisons de notre rue prennent une

teinte de gris-cendre

le soleil par dessus les terrasses essuie la nuit

le vieil homme de la mosquée récite ses prières du matin

et les gosses du voisin taquineront notre âne

ensemble nous marchons

et les chiens veulent nous égarer

sans peine sans lassitude

les couleurs prennent d’autres couleurs

et lorsqu’ensemble nous revenons

le car du village est déjà de retour

et déjà le vieil homme de la mosquée

fait résonner sa canne sur les marches du minaret

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La fourmi


* Traduit par Tahar Bekri
Littérature de Tunisie
Europe
revue littéraire et mensuelle
octobre 1987

La fourmi qui s’en va

Lente et rapide,
Sous les rochers,
Dans les labours,
Rêve de charogne et de blé.
La fourmi qui sillonne

Les pays verts et les déserts,
Pénètre les grottes et les palais.
La fourmi travailleuse et laborieuse,
Vit en ignorant la soif et l’ombre.
La fourmi qui colle à la terre,

Grimpe aux fruits
Et tient compagnie dans la tombe.
La fourmi qui emplit le regard
Et use la beauté,
Le pied l’écrase,
Mais, inlassable, elle continue son chemin

Le cheval blanc

Il m’offrit un cheval blanc
Et une selle en cuir rouge,
Il traça une ligne avec sa canne sur le sol,
Il m’indiqua la direction,
Puis, partit.
J’ai murmuré pour m’informer
J’ai couru essayant de le rejoindre,

    1. J’ai couru…
      Mais, comme son turban était vert !

LE CORPS

traduction SIHEM TAJINE

Oh ! corps chevaux et nuits

Oh !corps jours et lumières

Oh ! corps volcans et déluges

Oh !corps vents et fécondation

Oh ! corps fruits et fleurs

Oh ! corps saisons et arrivées

Oh !corps sable et destruction

Oh ! corps envies et colères

Oh ! corps corps et corps

Tu brules et tu t’éteints

Soit flamme du foyer

Soit cendre du cendrier

Ce soir tu es simplement

Homme

Sans

Femme!


    1. ___________________________________________________________________

traduit par Othman Babba

    1. La mariée

    1. La mariée !
      C’est son jour … Elle s’est apprêtée !
      Elle a ouvert le coffre de son enfance :
      Ses poupées sont toujours
      En robe de mariée
      Telles qu’elles l’étaient depuis une année,
      Et une année, et une année…
      Elle les regarde…
      L’une … Et puis, l’autre …

Elle les regarde…
Et les regarde encore,
Puis, se retourne vers elles
Et dit :
«  Je suis la plus belle ! »

    1. Visage contre visage

Le rendez-vous
Auquel aucun des deux amants ne s’est rendu,
La pendule murale s’est arrêtée à cet instant
Et à cet instant le verre s’est calcifié,
Le bouquet de rose s’est enflammé
Et braise ardente est devenue la table.
Le bistrot s’est alors enfumé,
Et eux deux,
De loin
Visage … contre visage
Ils ont attendu !

Liaison

Première rencontre :
Tous deux sont arrivés avant le rendez-vous,
Ils ont pris place

Et ont laissé entre eux
Un espace…
Les mots ont dévancé leurs lèvres
Et le temps s’est écoulé
Plus rapide que les battements du cœur.

Deuxième rencontre :
Tous deux sont arrivés encore en avance
Pour le rendez-vous,
Les jeux de doigts ont permis
A leurs bras de se tendre et ils ont lu
Dans les pommes de leurs mains.
Ils ont été deux jumeaux
Au moment de la séparation…
Dans la place …
Ils se sont soudés l’un à l’autre,
Semblables à deux âmes-sœurs.

Troisième rencontre :
Ils jetèrent les habits de ce monde
Pour se couvrir des feuilles de paradis
Il était Adam ! Elle était Eve !
Et ils ont croqué à pleines dents …
La pomme !

L’arbre

Ce tronc et cette branche se sont entrelacés
Tels des amoureux qui s’embrassent
Et si les amoureux
Tous, se donnaient rendez-vous là ?

Boutons

Sur le carrelage de la chambre
Vide
Elle l’a déboutonné
Bouton
Par boutons
Puis …
Elle s’en est vêtue !

Schéhérazade

Parle-moi de toi
Et de la blessure ancienne
Joue-moi un air … sans cordes
Et lave-moi de lumière,
Puis, étends-moi sous la pluie
Pour que je revienne te voir,
Aussi blanc que le pur jasmin,
A la lumière du matin,
Alors, ne mets pas fin à la parole permise !

Avec les mots les plus doux,
Parle-moi de toi,
Avec des lettres voltigeantes,
Autour de tes lèvres
Décris-moi des visions
Sublimes !
Les îles lointaines des bouts des mers,
Les astres merveilleux,
Les temps passés et les époques à venir,
Car je n’ai pas de projets d’avenir,
Car je n’ai écouté personne,
A part toi !

A l’encre bleue

Mes mots sont amandes,
Ornements des jours de fêtes.
Ils fleurissent malgré la sécheresse
Et résistent aux assauts du vent …
Entre les fentes des rochers,
Sur le sel,
Sous le gel,
Ils enfoncent leurs racines.
Fleurissent, alors, leurs branches

Avant le printemps !

La bague

Parfois, pour son calme,
Et d’autres , pour sa colère,
Elle a aimé l’homme de la mer,
Lié à ses filets tous les matins
Et à la voile de sa barque qui flotte.
Un jour,

L’homme de sa vie a disparu,
Dans le lointain…
D’un soir à un autre,
D’un jour à trois,
La barque n’est pas revenue.
Elle s’est assise face au bleu de la mer
Et y a trempe son doigt !
Henné,
Sel
Et rouille.

Tresses

Une fois,
Tu es venue vers moi,

Les cheveux flottants jusqu’au bas des reins,
J’ai senti la feuille trembler
Sur sa branche.

Une fois,
Tu es venue vers moi les cheveux tressés,
Deux cordes de chanvre :
Une corde pour ligoter,
Une autre pour pendre !

Les cheveux coupés,
Je suis allé, une fois, vers toi,
Maudites soient les mains du coiffeur !
Mais, celui qui a tout ressenti
Etait
Entre le bourreau
Et la potence !

La rose

Me rendant vers une ville,
Sur ma route,

Une rose m’a subjugué !
Epanouie, rouge, flamboyante,
Dois-je la cueillir ?
Non !
C’est un sacrilège

Qu’une main la touche !
Arrivé à la gare,
Je l’ai retrouvée,
Devant moi …
Flétrie, passant d’une main
A l’autre !

Séparation

Celle que j’ai aimée
A mêlé ses cheveux à la nuit,
Les a peignés avec des fils de lune,
Eparpillement de fleurs
Sur du sable.

Celle que j’ai aimée
A défait sa ceinture à la mer
Et s’est ceinte de deux vagues,
Elle s’est échappée comme un poisson !
Celle que j’ai aimée,
Je l’ai aperçue, une fois, à la gare,
Elle était pressée
Et je partais en voyage.

Je l’ai appelée …Et encore appelée
La foule nous a séparés !

Le contraire

Le soleil, Le soleil …
Ce soleil qui touche les toits
Assèche les vêtements
Etendus sur la corde à linge !
Demain sera rouge
Avec un petit froid,
Aujourd’hui sera vert
Avec quelque feu
Et blanc d’une telle blancheur
Qu’aujourd’hui sera sans ombres.

Et il arrive que le soleil
Tombe de son cercle.
Le soleil de notre fusion
Nous étendra demain.
Troncs si hauts,
Et très hauts dirigent
Nos doigts
Vers des directions opposées.

Doigts

Doux sont des doigts des fourmis sur la peau !
Ouvre alors la fenêtre de ta demeure
Et plonge tes doigts vers le bas !
Il existe un lac
Qui frôle les murs de ta maison …

Trempe tes doigts dans ce lac,
Comme dans le café
On trempe les morceaux de sucre !

La cave

Dans notre vieille maison
Le soleil paraît, il trébuche devant moi
Puis, s’enfonce dans le sable !
Les étoiles sont plus proches de moi
Que la place du marché !
Combien de fois, mes yeux ont acheté
Aux étoiles
Des images en couleurs !
Combien de fois ai-je considéré

Le croissant de lune comme une balançoire
Et combien de fois lui ai-je lavé les mains
Dans une cuvette en argile !

L’adresse

Le voyageur s’arrêta au milieu de la place,
Demandant son chemin/


«  – A gauche, puis, à droite ! 

  • Merci.

  • A droite, puis, à gauche !

  • Merci.  »


Le voyageur attrapa sa valise
Et continua,
Tout droit !

Palmier

Oh! Palmier !
Sur ta poitrine, les dattes
Se balancent
Et dans ton tronc coule
La sève douce et pure !
Comme elle est délicieuse la coupe !
Alors, décastère-nous, Palmier
Et apprends-nous
A effacer la tristesse
Et quand soufflera le vent de la gaieté !

Lapsus

Sur le tableau, l’institutrice a écrit :
« Chaque fois que je vois une cage,
Je me rappelle l’oiseau ».
L’élève lit :
« Chaque fois que je vois une cage,
Je me rappelle la liberté.».

La ville des manèges

Emmenez-moi
A la ville des manèges !
Que je me balance
Au gré du vent
Et laissez-moi
Sur un nuage me reposer !
Laissez-moi monter dans le train de la peur
Mais évitez de le laisser attendre dans une gare !

Le port

Bleu,
Bleu, bleu !
Vert,
Vert, vert !
Noir,
Noir, Noir !
Le premier regarde la mer et dit : « La mer, sel en fureur ! »
Le deuxième dit : « La mer, pur cristal ! »
Le troisième dit : « La mer, un lion furieux ! »
Le quatrième entasse ses filets au fond de la barque
Et s’en va…
Combattre les vagues…

Kamikaze

Avec deux ailes de papillon
Et une bougie à la main,
Je suis entré au cœur de la tempête
…C’était ma cendre,
Lorsque l’arc en ciel
Etait apparu à l’horizon.

L’homme de la pluie

Un homme, sous les rafales de pluie,
Marchait doucement et avec fermeté,
La pluie s’était arrêtée,
Le soleil s’était dégagé.
Un passant lui avait donné ce conseil:
«  – Monsieur… Oh! Monsieur !
Il fait beau…Fermez votre parapluie !
Plus de pluie ! »
Il lui avait répondu tout en marchant :
« – Regardez dans l’horizon…Les nuages s’approchent ! »

La route

Ne marche pas devant moi
Il se peut que je ne puisse pas te rattraper !
Ne marche pas après moi
Il se peut que tu ne puisses pas me rattraper !
Marche à mes cotés,
Sois mon compagnon de cœur…
Car la route est bien longue !

La Machine Infernale

Traduction de :

Hamadi BELHADJ 

Ses portes sont blindées

Ses pierres sont de masses de taille

Ses hautes murailles sont de béton et d’acier

Elle se meut par la force du vent

S’il cesse de souffler

Elle se meut au fuel

S’il n’y a plus ni fuel ni gaz

Elle se meut à l’énergie électrique

Si celle-ci ne fonctionne plus

Elle se meut à l’eau

Si les sources et les cours sèchent

Elle se meut des puits avec des verseaux

Si l’eau tarit

Elle se meut par les torrents et les fleuves

Si la sècheresse devient totale

 Et que la pluie manque

Ne laissant au fond des lits que des galets

Elle se meut alors par les flots des mers et des océans

Si toute l’eau est épuisée

Elle se meut avec le sel des marais

Si elle atteint le sous-sol

La machine se meut

Par la force des bras

Les bras des esclaves

Si un jour ils sont libres

Elle se meut avec

La sueur des travailleurs

S’ils font grève

Elle se meut avec les dollars des milliardaire

S’ils font faillite

La machine les broie

Et se meut avec les valises des ministres

S’ils sont déchus

Elle se meut avec les sièges des présidents

S’ils tombent aux élections ou par coup d’état

La machine met bas les trônes des monarques

Et les couronnes des rois

S’ils sont emportés par les révolutions

La machine broie les peuples

Les tord et les presse

Et se meut avec leur sang

En disant : « A qui le tour ? »

Elle broie le blé, l’orge, le froment

Le riz, le café, le sucre en disant : « A qui le tour ? »

Elle broie les bambous

Les figuiers, le lotus, l’alfa

A qui le tour ?

Elle broie les vignes, les oliviers les palmiers les orangers

Les amandiers les bananiers

A qui le tour ?

Elle broie les forêts, les jardins les rosiers

Les fleurs, le jasmin

A qui le tour ?

Elle broie les chevaux, les moutons, les vaches

Les gazelles, les oiseaux, les papillons

A qui le tour ?

La machine broie les remparts

Les Pyramides

La tour de Babel

La tour Eiffel

La muraille de Chine

Les aqueducs de Carthage

Les colonnes de Petra

Le phare d’Alexandrie

Le colisée de Rome

Les gratte-ciels

A qui le tour ?

La machine broie les montagnes

A qui le tour ?

Elle broie la terre et ses habitants

A qui le tour ?

Elle broie l’astre lunaire

A qui le tour ?

Les constellations, les étoiles

A qui le tour ?

Et la machine en veut toujours

Jusqu’à ce que ses roues

Se retournent sur elle-même

Broyant ses dents et ses chaînes

Avec ses dents et ses chaînes et tombe

« Comme des troncs creux de palmiers »

Et ainsi commencera une ère nouvelle…

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Un rêve

traduit par Ibrahim Darghouthi

J’ai cueilli
Une fleur
Rouge,

Ecarlate,
Epanouie,
En me réveillant
J’ai découvert ma main
Qui serre
Des épines !

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L’olivier

Traduit par Hédi Khelil

Né à Ghomrassen en 1952, Souf Abid est titulaire d’une licence d’Arabe (1976) et d’un diplôme d’étude approfondies (1979) obtenus à l’université de Tunis. Sa carrière littéraire commence en 1972, année qui marque l’échec du mouvement d’avant-garde dont il adoptera pourtant le principe de ce qu’il est convenu d’appeler « ni classique, ni libre» et l’exigence de mettre l’accent sur les réalités Tunisiennes. Au fil des années, il abandonne le ton prophétique qui caractérisait ses premières productions pour aborder des thèmes existentiels dans lesquels s’expriment les conflits et les déchirements qui le travaillent. En cela, il est l’un des rares vétérans qui ont su s’adapter à la nouvelle donne et partager les interrogations posées par la génération actuelle.

Entre le bleu du ciel
Et le bleu de la mer,
Entre deux rivages rougeoyants :
L’éclat du ciel
Et les reflets dorés du désert,
Entre des rivages blancs,
L’étendue des steppes.
Sur chacune des branches
Du figuier et de l’olivier,
Le pain cuit sur les braises,
Aussi doux que la promesse
D’un nouvel amour
Et l’huile aux reflets d’or
Cuvée dans les vieilles jarres
Est aussi exquise

Que le nectar de la terre !
Je te salue,
Arbre de la vie,
Lumineux
Et culminant vers les cimes !
Le temps qui courbe nos échines
N’a pas de prise sur ton élan !
C’est vers toi
Que reviennent nos pas perdus,
Au gré des chemins
Pour te prier d’expier nos péchés
Et d’émousser nos chagrins.
Il se profile

sur l’étendue de la terre,
Ferme et robuste,
L’arbre qui nous abrite sous sa verdure
Au travers de son feuillage.
Des étoiles percent de leur éclat
Les ténèbres de la nuit,
Dans la rugosité de la roche,
Dans le sable et dans la terre salée,
L’olivier pousse et fleurit
C’est le seigneur dans sa parole
Qui l’a béni !
Tunisien,
Ni d’Orient, ni d’Occident,
Il prend racine dans nos cœurs,
Au plus profond de nos âmes,
Ses fleurs ont la blancheur du jasmin,
Elles décillent au printemps
Et remplissent l’air de leur parfum
Dans l’ombre douce de tes branches.
J’écris sur tes feuilles vertes
L’histoire de mon amour éternel,
Avec l’huile dorée
Puisée dans la lanterne divine !
De cette huile étincelante,
Jailliront les lumières
Pour annoncer une aube nouvelle 

 

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En rouge sur La Méditerranée

Trad. Tahar BEKRI

1

Six heures du matin

Sans m’avoir lavé le visage

J’ai ouvert la télévision

Le matin a le rougeoiement de l’horizon parvenant d’Orient

Qui sait qu’il se lèvera aujourd’hui encore de sang

Dans lequel naviguent des bateaux

Des bateaux où flottent la liberté les médicaments et la nourriture

Pour Gaza

2

Des avions qui ne volent pas comme des colombes

Des avions qui ne voltigent pas comme des oiseaux

Des avions qui ne chantent pas comme des serins

Des avions de vrombissement

Et de plomb

3

Donc

Pour Gaza encore plus de feu de blocus et de destruction

Pour Gaza encore plus de faim et de soif

Pour Gaza encore plus d’obscurité et de maladie

Soyez heureux Arabes

Heureux de l’été sur les côtes

Des festivals et des voyages

Des hôtels et des danses

De l’éloquence de la poésie et des récompenses

4

Félicitons-nous du pétrole et de l’olivier

Félicitons-nous des turbans des rites et des courants

Félicitons-nous des fatwas

Félicitions-nous de la liberté des femmes dans la nudité

Félicitons-nous de l’économie de marché

De la compétition de chameaux

Félicitons-nous de la patrie

A laquelle nous donnons notre vie

Pour le football

5

Gaza

Un autre matin de blocus

Une autre vague

De sang

ــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ

Courcouronnes

Dans la langue latine des anciens

Le village à l’orée de la forêt’ Ou l’entourant

/ Demeure /Courcouronnes ,La france / Kerkouane

La Tunisie / Kirkouk

,L’Irak /Peuples , nations ,pays et continents .

Civilisations en civilisations / Langues et autres ‘langues

 Les villes se ressemblent ./

Les arbres s entrelacent

Malgré la chaleur de cet été

Elles éclatent de pure verdure

En sombre verdure

Ici, la lavande rieuse embaume l air .

Là , les coquelicots explosent leurs couleurs

Et là , fleurissent celles qui

rappelant les Francs

ressemblent aux violettes

Et je passe

De la rue Mozart à l angle Lamartine .

Je traverse tour à tour des airs symphoniques et poétiques .

Vers l’arène ont fleuri les jardins suspendus .

J’ai marché d un pas léger

Sur l’herbe mouillée de rosée

Et je m’en excuse .

Soleil , nuages et pluies .

Effusion de perles sur le trottoir .

.

A l’arrêt du bus , je presse le pas .

Sur une jolie colonne verte ,tout à côté ,

je lus l’heure de la prochaine arrivée .

Ainsi que celle d’après .

En minutes et secondes .

Là , le temps en or .

Navré , de perles .

J’attends .

Telle une musique , la cloche sonne huit heures et demie .

Les écoliers sont en rangs .

Ils ouvrent les livres .

La maîtresse dit :

Lis”

Le bus se dandinant est arrivé

Puis, tristement , s’en est allé .

Les passagers montèrent tranquillement

J’ai validé mon ticket

Tic Tic

Je m’assieds

Bizarre !

Pas de bousculade , pas de cris ni de piétinements .

La vitre est propre et transparente .

Les mouettes se dispersent

Et autour du lac , tournoient .

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